La question de gérer soi-même son portefeuille ou de déléguer cette responsabilité survient dès les premiers pas dans l'investissement. Si vous envisagez de gérer vous-même (la gestion libre), c’est un signal positif, mais pas toujours la bonne décision à prendre.

Dans cet article nous revenons sur les écueils de la gestion libre, et à qui elle pourrait être bénéfique. Car si nous avons fait le choix, chez Caravel, de ne proposer que de la gestion déléguée (aussi appelée gestion pilotée), ce n'est pas pour restreindre votre liberté. C’est parce que créer et gérer son investissement soi-même est, statistiquement, une source majeure de sous-performance.

L’illusion de l’économie de frais

Choisir de gérer soi-même son portefeuille, c’est économiser les frais du gestionnaire qui pourrait le faire pour vous. L'optimisation des frais est un excellent réflexe. Même s’il est vrai que des frais élevés érodent le rendement sur 20 ou 30 ans, gérer soi-même n'est pas systématiquement l'option la moins coûteuse.

Dans la pratique, en gestion libre nous nous exposons souvent, et pour chaque mouvement d'achat ou de vente, à des frais d'arbitrage ainsi qu'à l'écart entre le prix d'achat et de vente (bid-ask spread).

Ces frottements transactionnels peuvent, selon la fréquence d’arbitrage, peser davantage que des frais d’un mandat où ces arbitrages sont inclus dans les frais de gestion. De fait, en gestion libre, nous payons donc chaque décision de mouvement, rendant sa volonté d'économiser des frais paradoxalement plus onéreuse que de déléguer la gestion de son investissement.

Le risque d’une faible diversification

Le piège le plus insidieux de la gestion libre réside dans la fausse croyance que nous pouvons facilement nous créer un portefeuille réellement diversifié.

Choisir quelques ETFs ne suffit pas à être diversifié mondialement et entre classes d’actifs. Et cette approche n'est pas adaptée à tous les profils de risque. Être exposé uniquement aux actions, c'est accepter une volatilité que peu d’entre nous sommes réellement capables d'encaisser psychologiquement lors d'une chute des marchés de 30% ou 40%.

Les travaux de Brinson ont montré que c'est l’allocation d’actifs qui explique l’essentiel des performances dans le temps. Combiner des classes d'actifs qui ne réagissent pas de la même manière aux cycles économiques (actifs décorrélés) permet de maintenir un rendement élevé tout en réduisant drastiquement la volatilité (le risque de chute brutale).

Or, quand nous gérons nous-même notre investissement, nous avons tendance à nous concentrer sur une sélection des actions ou de fonds restreinte, négligeant cette diversification de classe d'actifs, qui est un facteur déterminant dans la performance à long terme.

Une diversification intelligente ne consiste pas seulement à accumuler des lignes, mais à construire un portefeuille décorrélé mélangeant actions, obligations et, éventuellement,des actifs monétaires.

C'est ce qui justifie que, chez Caravel, nous ne proposons pas de gestion libre. L'objectif de la gestion déléguée est d’optimiser le couple rendement et risque, en fonction de votre profil investisseur, pour nous assurer que votre trajectoire vers la retraite reste stable, même en cas de crise systémique sur une zone géographique ou une classe d'actif spécifique.

La réalité des statistiques : on ne bat pas le marché

Un autre argument fréquemment avancé par les personnes qui souhaitent gérer leurs investissements eux-mêmes est la méfiance qu’ils éprouvent envers les professionnels de la gestion. Ils craignent que les performances obtenues par ces derniers ne soient pas meilleures que celles qu’ils pourraient obtenir seuls.

Certaines personnes ont réussi, par le passé, à battre le marché et à obtenir d’excellentes performances mais c’est exceptionnel de le faire sur le long terme, et très difficile à reproduire de façon robuste. Une personne ayant misé sur Nvidia il y a plusieurs années par exemple peut aujourd'hui se satisfaire de sa performance. Comme elles ont parfois obtenu des résultats spectaculaires par le passé, elles ont parfois la conviction qu’elles peuvent battre le marché à long-terme.

Mais il y a deux choses à considérer :

  1. Un rendement élevé n'a de sens que s'il est mis en regard du risque pris pour l'obtenir.C’est ce que nous mesurons avec le ratio de Sharpe (la rentabilité divisée par la volatilité). Il est fréquent de voir des portefeuilles réaliser de belles performances par pur effet d'aubaine, mais cela va avec le prix d’une forte volatilité, telle qu'une chute brutale de -40 % ou -50 % reste possible à tout moment.
  2. Vouloir battre le marché relève plus du pari que de l'investissement.Selon le rapport SPIVA (S&P Indices Versus Active), sur 10 ans, plus de 90% des gestionnaires actifs (dont c'est le métier à plein temps) échouent à battre leur indice de référence. D'autant que cette quête de performance est extrêmement chronophage. Pour espérer des résultats cohérents, ils doivent consacrer des dizaines d'heures chaque mois à la veille économique, à l'analyse des supports et au suivi des indicateurs de marché. Cette charge mentale et ce temps de gestion sont souvent incompatibles avec une vie professionnelle et personnelle active.

La puissance des rééquilibrages automatiques

"On pense souvent qu'en gérant soi-même son portefeuille, on économise et on réagit plus vite." En réalité, nos biais cognitifs nous poussent à l'erreur : nous achetons dans l'euphorie (quand les prix sont hauts) et nous vendons dans la panique (quand ils sont bas).

Plusieurs études, dont la recherche "Advisor's Alpha" de Vanguard, montrent qu’un accompagnement discipliné peut représenter jusqu’à environ 3 % annualisé de valeur supplémentaire sur le long terme (sans que ce soit un gain attendu chaque année) — principalement grâce à une bonne allocation d’actifs, la bonne gestion des comportements, la réduction des coûts, la discipline d’investissement, et les rééquilibrages automatiques.

Pourquoi ? Parce qu'en gestion libre, nous oublions souvent de rééquilibrer notre portefeuille. Si les actions montent, elles prennent une place disproportionnée, et le risque du portefeuille augmente sans que nous nous en rendions compte.

La gestion déléguée, elle, agit comme un bouclier émotionnel : elle automatise la décision pour éviter l'erreur humaine. Elle vend une partie de ce qui a monté (prise de profit) pour racheter ce qui a baissé (achat à bas prix). Cette discipline mécanique qui force à vendre ce qui a monté et racheter ce qui a baissé, permet de maintenir le niveau de risque adéquat et évite les biais émotionnels que nous avons quand nous investissons.

Le rééquilibrage systématique au sein de la gestion déléguée permet de réduire la volatilité tout en captant la performance à long terme. Gérer soi-même requière beaucoup de discipline, de passer beaucoup de temps et n’avoir aucune émotion face à ses investissements pour agir de façon aussi rationnelle.

Ces rééquilibrages automatiques en gestion déléguée ne vont pas augmenter la rentabilité attendue de l’investissement, mais ils vont réduire de manière significative le risque de perte et ainsi aider à obtenir une meilleure rentabilité pour le risque assumé. L'étude de Swensen (2005) montre que cela offrirait 0,4% de rentabilité annuelle supplémentaire.

En définitive

La gestion libre peut fonctionner, mais elle exige une discipline absolue, une tolérance réelle aux fortes baisses, du temps et une absence quasi totale d’émotion. Autrement dit, une minorité  seulement y parvient durablement. Pour la majorité, la gestion libre devient une partie d’échecs contre ses propres biais.

Pour votre retraite, ce qui importe est la combinaison d'une construction rigoureuse de votre portefeuille (ETF durables à frais ultra-bas, inférieurs à 0,18%) et d'une gestion automatique sans faille. En évitant les erreurs comportementales et en appliquant une diversification, la gestion déléguée peut représenter jusqu’à environ 3 % annualisé de performance supplémentaire dans certaines situations selon Vanguard, sans que ce soit un gain annuel régulier.

Sur un horizon de 20 ans, pour 10 000 € investis, cette différence de méthode se traduit par plus de 10 000 € de capital supplémentaire pour votre futur.