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[Interview] “Un business freelance, c’est un travail d’échange de valeurs entre deux êtres humains.” - Thomas Burbidge et sa vision de l’indépendance.

Thomas a un regard sur le futur du travail très inspirant et qui permet d’ouvrir de nouveau horizons de pensée.
24/6/22
Marie Janoviez
40
MINUTES

“Je veux investir dans mon développement plutôt que dans ma survie.” 🤩

Chaque mois nous partons à la rencontre de personnalités inspirantes sur les sujets de futur du travail. Après Laetitia Vitaud, Alexis Minchella et Samuel Durand, c’est au tour de Thomas Burbidge de répondre à nos questions.

Coach, formateur et speaker, Thomas est passionné par le partage de sa vision et de ses expériences sur le freelancing et le futur du travail.

Sa mission : fabriquer des expériences pédagogiques pour les indépendants et les freelances.

De part son côté apaisant, Thomas a un rapport au temps qui semble différent et rallongé. Son regard sur le futur du travail est très inspirant et permet d’ouvrir de nouveau horizons de pensée.

🎙 Bonne écoute (ou bonne lecture).

Transcription de la vidéo

“A chaque échange que j'ai eu avec Thomas, j'ai raccroché apaisé. Il fait partie de cette catégorie de personnes dont le rapport au temps semble complètement différent. Il représente un peu, en fait, tout le contraire de ce qui m'oppresse au quotidien dans le tumulte parisien. Mais bon, au-delà d'une séance de relaxation, discuter avec Thomas permet de s'ouvrir de nouveaux horizons de pensée. Il a une vision du travail que je trouve vraiment inspirante et fascinante. C'est pour ça que j'ai voulu vous partager notre échange. Je vous laisse l'écouter, j'espère qu'il vous plaira. Très bonne écoute et à bientôt !

Salut Thomas, merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation !

Avec plaisir marie merci de me recevoir, ravi d’échanger avec toi !

Aujourd'hui ce que je te propose avant qu’on rentre dans le vif du sujet, c'est de te présenter très rapidement ?

Je crée du contenu et des expériences pédagogiques, dans le sens où ce qui m'intéresse beaucoup dans ce mot “pédagogique” et dans tout ce qui va autour de la transmission, c'est au delà de juste le contenu de ce que moi je vais dire, mais c'est le contexte dans lequel je vais mettre les personnes en face de moi qui sont des freelances, des entrepreneurs, indépendants, des gens qui créent un travail sur mesure pour leur vie. C'est le contexte de comment ces personnes retiennent du savoir, apprennent du savoir aussi, l'implémentent dans leur vie et le retiennent du coup pour pour continuer de l'implémenter. Et du coup je suis hyper intéressé par toutes ces choses là, qui vont au-delà de moi, mon travail, de produire le meilleur contenu possible. Mais c'est aussi comment la personne reçoit ce contenu et le met en pratique. Parce qu'on sait que c'est la pratique qui fait qu'on retient le plus, plutôt que d'entendre un truc intéressant. C'est un truc que je dis “j'ai pas envie que vous dites c'est intéressant ce qu'il raconte Thomas”, j'ai envie que les gens le mettent en exergue et en pratique, puisque c'est comme ça que ça va faire une différence pour leur quotidien.

Et du coup ça se passe de plein de manières différentes, ces contenus et expériences pédagogiques mais le fond c'est un peu ça. C'est : quel est le savoir qu'une personne doit et peut intégrer pour mieux vivre cette aventure fascinante de l'indépendance.

Je me demandais est-ce que toi tu te destinais au freelancing ?

Pas du tout. Si on retrace un peu le parcours que j'ai suivi, qui a posteriori je me rends compte que c'est pas vraiment le parcours que j'ai choisi mais plutôt le parcours que les cadres sociétaux de ce que c'est bien réussir sa vie ont choisi pour moi, j'ai fait le cursus des études en marketing et en communication dans lesquels je suis tombé un peu par hasard. Parce que quand j'ai fait Parcoursup, qui disparaîtra peut-être après les élections qui arrivent, j'ai pris un truc au hasard et je suis tombé dans un IUT de gestion. J'ai découvert le marketing là bas ça m'a fasciné et j'ai poursuivi à Dauphine, où j'ai fait toutes mes études en alternance. Et ça a commencé par une alternance en cabinet de conseil à la défense. Et en fait, c’est le déclic qui me fait changer de ce truc de le petit bambin de campagne qui veut devenir quelqu'un d'important, alors qu'il était au milieu de nulle part et il pouvait rien faire de sa jeunesse quand il était gosse, à ce truc de “je suis important, j'ai une mallette en cuir et un costume et je travaille dans une tour à la défense”. Le truc qui me fait sortir de ça, c'est la mort de mon père quand j'avais 20 ans qui est morte d'une rupture d'anévrisme, donc pas du tout quelque chose de prévu ou prévisible. Et qui m’a fait me reconnecter, dans mon processus de deuil, à lui et l'espèce de philosophie qu'il incarnait dans sa vie qui était : “tout le monde pendant toute ta vie, y compris les gens les plus proches de toi, vont quelque part projeter sur toi leur vision d'une vie bien vécue. Mais la seule personne qui sait vraiment ce que c'est une vie bien vécue, c'est toi, pour toi et ce sera différent pour chaque être humain. Et à l'époque, quand j'ai pris conscience de ce truc là en me disant, il y a forcément quelque chose à tirer de cet événement au-delà du fait que ce soit un événement tragique qui peut être le pire moment de ma vie. J'ai pris conscience que lui il avait vécu sa vie en alignement avec cette idée là, cette philosophie là. Je me suis dit tiens moi je sais pas encore exactement ce que c'est pour moi la vie que j'ai envie de créer pour moi même et la philosophie que j'ai envie de suivre, mais par contre je crois comprendre que pour avoir le plus de pouvoir là-dessus il faut que j'ai le plus de pouvoir possible sur mon travail, qui va constituer une énorme partie de ma vie. Et que, pour ce faire, devenir indépendant à l'époque me semblait être une piste intéressante, parce qu’on peut concevoir un peu sur mesure ce qu'on fait, pour qui on le fait, dans quel contexte on le fait. Ce qui m'emmène toutes ces années plus tard, à vivre dans une maison passive et écolo sur une colline au fin fond de nulle part en Corrèze avec les gens que j'adore autour de moi mais comme des colocs. Et je me sens très bien ! Du coup pour l'instant, j'ai l'impression que cette intuition de créer une vie qui me ressemble par l'indépendance ça marche plutôt bien.

Je me demandais quand tu dis ça, ton papa qu’est-ce qu’il faisait comme métier ?

Mon père, ça a été un entrepreneur raté. En fait il n'a jamais vraiment eu de mission professionnelle comme on peut chercher aujourd'hui, soit en créant une start up, soit en étant à son compte. En gros, lui il a toujours été assez utilitaire sur la place du travail dans sa vie. C'était comment est ce que je peux faire un truc qui, soit me permet de financer ce que j'ai vraiment envie de faire, soit me permet de vivre les expériences que j'ai envie de vivre. Et du coup il a fait plein de choses dans sa jeunesse, il a acheté un camion qu’il a utilisé pour déplacer des groupes de musique et en gros du coup, c'est lui qui emmenait les groupes de musique dans les festivals. Ce qui lui permettait d'entrer gratos au festival. Et c'est pour ça qu'il le faisait à la base, pas particulièrement parce qu’il était intéressé ou c'est ça qui voulait faire pour sa carrière, mais c'est plus je veux rentrer dans le festival comment je fais pour entrer gratuitement au festival. Donc il a fait ça, avec ce même camion plus tard il a créé une boîte de déménagement, où il déménageait des anglais, parce qu'on est anglais à la base, depuis l'Angleterre en France et en Espagne tout simplement parce qu'il voulait voyager et il voulait voir du pays. Et du coup ben ça lui permettait de voyager tout en étant payé par des clients pour le faire. Et quand il remontait d’Espagne ou de France en Angleterre il accumulait des meubles, des antiquités qu'il achetait sur les marchés ici ou dans les vide greniers. Et il repartait en Angleterre les vendre dans la rue comme ça. Voilà il faisait son petit micmac pour financer le fait de voyager. Et un jour il a décidé que ce qu'il voulait le plus au monde c'était de déménager au fin fond d'ici en Dordogne, au fin fond de la France dans la campagne, et retaper une maison de ses mains pour en faire un lieu d'accueil. Il n’a jamais vraiment fini de retaper la vieille ferme défoncé, mais du coup voilà c’était toujours comment je fais pour vivre le mode de vie que je veux vivre grâce à un travail qui me le permet. C’était un mauvais entrepreneur, il faisait un peu n'importe quoi.

Oui, de manière philosophique finalement est-ce que arriver à vivre de ce qui nous plaît c'est pas ça le signe de réussite ?

Ouais, complètement en tout cas, moi ce que je retiens c'est cette réflexion de concevoir une activité professionnelle qui te permet de vivre ce que tu as envie de vivre sans en devenir prisonnier ou prisonnière. Mais c'est ça qui a toujours gouverné ce qu'il faisait, c’est qu'il arrêtait dès que ça devenait trop en fait et que ça l’éloignait de ce qu’il avait envie de vivre. 

Par rapport à ça, ce qui me frappe dans ton profil, mais je ne connais pas chaque année de ta vie depuis si longtemps que ça finalement. Ce que tu disais du coup la défense, il me semble avoir entendu aussi que justement tu avais un peu ce côté au départ, finalement même dans le freelancing ce côté écosystème parisien, être hyper dynamique, etc. Et qu'aujourd'hui tu parlais justement de cette vie à la campagne, mais tu as encore un peu les deux ou est ce que maintenant tu es passé à ça ? Est-ce que tu as eu les deux et comment tu gères ces deux aspects de ta vie ?

Le Covid a changé beaucoup de choses. Mais quand je me suis lancé à mon compte, que j'étais encore en dernière année de master à Dauphine, du coup forcément le monde dans lequel je baigne depuis toutes mes études et au début de ma carrière c'est Paris : le monde stratégie de marques, agences. Parce que j'ai fait la fin de mon alternance en agence, dans une agence qui s'appelle Futurebrand. Et j'étais dans des assos entrepreneuriales à l'école, donc je baignais aussi beaucoup dans le monde de la start up qui me fascinait à l'époque. Et du coup j'allais en “startup weekend”, enfin voilà je faisais tous les trucs que des “wanna be start uper” à Paris quand on est jeune font. Et du coup forcément c'est ce monde-là auquel je m'intéresse en premier, je me dis j'ai ce background conseil, stratégie de marques, agences, grosse boîte et cette volonté entrepreneuriale que je nourrissais pour moi par le freelancing. Mais j'avais envie de continuer à bosser dans cet écosystème là. Et du coup j'ai commencé le début de mon aventure indépendante, c'est de faire de la stratégie de marque pour des start up à Paris. Du coup j'ai traîné dans tous les incubateurs, j'ai fait mes armes là-bas.

Et le passage de ça à ce que je fais aujourd'hui, c'est enlever des couches de connaissance de soi, des rencontres et des conversations professionnelles qui ouvrent des cases. Et de fil en aiguille, qui me font me rapprocher de mon mode de vie idéal qui, si je tire encore le trait plus loin, c'est créer, vivre dans un éco lieu qui permet la rencontre entre des trucs écologique, des trucs entrepreneuriaux, des quêtes et des des réflexions spirituelles aussi. Donc une espèce de rencontre de toutes les parts de moi. Ce qui m’éloigne de Paris, même si j'adore comme tu dis le dynamisme de toutes les opportunités qu’une grande ville peut présente. Juste pour mon mode de vie maintenant c'est trop et quand je reviens à Paris en ce moment, quand j'y reviens par exemple pour la tournée, une semaine à Paris je mets genre deux, trois semaines à m’en remettre maintenant parce que c'est trop. Et je me questionne d'ailleurs, quand je reviens sur comment je faisais pour bosser dans ce contexte, parce que j'ai l'impression que tu passes ton temps à faire de la logistique de rencontrer telles personnes, à tel endroit, quel métro je prends, il faut arriver à l'heure pour ça. Du coup tu ne produis jamais, ton cerveau se pose jamais pour réfléchir. Enfin, je me demande vraiment comment je faisais à l'époque pour produire tout ce que je produisais, parce que là ça me semblait impossible quoi.

Je vois bien ce rapport au temps, en fait il est  hyper différent et par moment il est un peu angoissant aussi.

Complètement, et du coup là avec le Covid je suis revenu en Dordogne dans la fameuse maison dont je parlais au début. Et ça a brisé une croyance comme quoi j'avais besoin de Paris pour faire ce que je fais, qui a été une révolution pour moi, parce que jusqu’alors je me disais : il me faut un pied-à-terre à Paris, peut-être que j'arrive à avoir un truc à la campagne et que je fais des allers-retours. Et en fait je me suis rendu compte que c'est une histoire que tu te racontes, tu peux y passer une fois par trimestre à la limite pour voir ton réseau là bas mais t’as déjà toutes les ressources qu'il faut pour partir. Et du coup ce truc là, prise de conscience, ça a changé radicalement déjà comment structurer mon entreprise, parce que du coup, j'ai commencé à tout faire à distance, mais aussi à quoi ressemble mon quotidien qui n’a rien à voir quoi. Et je me dis, c'est incroyable comme ma vie a changé en ces deux années, au début 2020 et la 2022, vraiment ça n'a rien à voir.

T’es à la fois pas le seul et à la fois dans cette mesure là c'est sûr que c'est assez radical. Mais c’est hyper intéressant dans ce contexte. Alors tu l'as évoqué à plusieurs reprises ces fameuses tournées. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Je suis en tournée partout en France, l'idée étant de partager ce que moi je considère être les fondations d'une entreprise freelance à un maximum de personnes. Et je fais cette tournée en partenariat avec Adobe France, qui voulaient soutenir et propulser cet engagement pour les freelances en France. Et voilà depuis début mars, je fais des modules de formation qui suivent un ordre logique sur tous les sujets fondamentaux pour les freelances, dans différentes villes. En fait, la réflexion derrière ça à la base, c'est de me dire que le mode de travail de l'indépendance et du freelancing se développe énormément depuis les dernières années, je pense que la tendance est à continuer là-dessus sur plein de mouvance sociale et sociétale qui vont dans ce sens. Mais c'est un monde complètement différent de tout ce qu'on connaît du travail classique, en tout cas de ce qu'on nous apprend et de ce dans quoi on nous formate à l'école ou dans le poste salarié. Ce qui fait que c'est ultra dur de passer d'un monde à l'autre, c'est plus fluide quand on n'a pas de formatage et qu'on commence quand on est étudiant, parce que voilà on découvre, mais il y a d’autres inconvénients. Mais toutes les personnes que je vois qui se lancent, qui étaient salariés et qui ensuite deviennent entrepreneurs, indépendants, c'est hyper dur parce que c’est deux mondes radicalement différents. Et ce que j'observe dans l'écosystème et disons le marché sur ces sujets d'accompagnement de freelance, c'est qu’il n’y a rien qui pose les bases. Et il y a plein de gens qui se retrouvent du coup à payer des accompagnements ou bricoler un peu, sans avoir généré aucun euros de revenus ou de chiffre d'affaires avec leurs activités. Et moi je me dis : c'est ouf quand même on a créé tout un marché qui se rémunère sur des gens qui ne font pas de sous pour l'instant. Pour moi c'est assez fou. Du coup le but de cette tournée c'était de dire : je vais poser un socle pédagogique gratuit et accessible à tous, c'est pour ça que c'est formidable qu'il y ait un partenaire qui soutiennent pour qu'on puisse faire que ça existe, pour qu’à partir de maintenant les gens qui se lancent, Ils ont un socle ils vont choper leurs premiers clients, rentrer leur première mission et faire leur première facture. Pour qu’à partir de là, sur les sujets que ils ou elles veulent approfondir et aller plus loin dans l'apprentissage, ils choisissent mais plus dans une posture de “faut absolument que je fasse des sous pour rembourser”, mais dans une posture plus sage de “maintenant que j'ai proof of concept, si on revient sur ce truc du POC, je vois que ça marche j'ai un premier client, ça me fait plaisir, je kiffe, je vais investir dans mon développement plutôt que d'investir dans ma survie. 

Hyper intéressante cette phrase “investir dans son développement plutôt que dans sa survie”. Tu as parlé de termes de fondation, sans nous dire tous les modules, mais c'est quoi du coup pour toi les quelques grands axes ? Tu as parlé très rapidement des premiers clients, première mission, c'est quoi les quelques piliers pour te lancer ?

Je peux refaire le processus des modules dans les grandes lignes à la limite. En gros la première question à se poser, pour moi, c'est une question de vision. C'est pourquoi tu te lances ? Qu'est ce que tu veux tirer de cette aventure là autant pour toi en tant que personne mais aussi dans ce que tu as envie d'apporter à tes clients. On a tous besoin de ce truc de l'horizon, de ce vers quoi je vogue, parce que ça donne du contexte à ce qu'on fait. Parce qu'il y a tellement de freelance que je vois se lancer, qui font un peu tout et n'importe quoi juste parce qu'il faut que je rentre des sous sans aucune cohérence, ce qui crée ce truc qu'on voit beaucoup sur les plateformes de freelance, qui sont tous les uns et les autres remplaçables, qui se battent pour faire le prix le moins cher juste pour avoir la mission et du coup finalement c'est la course au moins cher et personne n'a envie de la gagner. Pour lutter contre ça, pour moi, la première question c'est : qu'est-ce que je veux vivre grâce à ça, qui est-ce que j'ai envie d'aider à vivre quoi et quelle transformation à long terme ça offre sociétalement parlant. Parce que c'est ça le potentiel qu'on a aussi avec notre travail, c'est d'en faire un outil de transformation pour nous, pour nos clients et pour le monde autour. Quand on s'engage dans la même quête pendant trente ans, on peut avoir des impacts hyper notables sur le monde qui nous entoure à plein de niveaux. Donc ça c'est pour moi le premier truc. Et une fois qu'on a posé ça, la question qui vient juste derrière c'est : ok maintenant que je sais ce que j'ai envie d'apporter à quel type de personne, il faut que j'aille les comprendre au mieux. N'importe quel business mais surtout quand on est freelance, c'est un travail d' échanges de valeurs entre deux êtres humains. On va avoir un être humain en face de nous et le but c'est de lui apporter des choses pour soutenir l’aventure dans laquelle elle est déjà et la direction qu'elle prend déjà. Il faut bien comprendre ces personnes pour créer ce lien de confiance nécessaire pour qu'on s'engage ensemble. Donc là pour moi il y a tout un truc de, si je dois me mettre dans le monde de la personne en face de moi, qu'est ce qui se passe dans sa réalité et comment je me mets au service de sa réalité. Au lieu de se dire moi je, moi je, c'est entrer dans le monde de l'autre pour ensuite être à son service. Ce qui déboule sur ce qui vient juste derrière, après cette connaissance client, son positionnement. Et le positionnement c'est maintenant que je comprends super bien le monde de l'autre, comment je fais pour faire rencontrer son monde et le mien, mes compétences, mon expérience, ce que j’ai acquis par le temps et par ce que j'ai fait dans ma vie d'avant. Comment je le mets au service de la personne pour que ce soit intelligible et utile dans son monde. Et on se positionne pour que les mondes se rencontrent. Puis, à partir de là, les trois autres qui suivent, c'est un pilier sur le marketing. Comment tu fais pour aller rencontrer ces clients. Et sur ça, j'aime bien ramener le marketing à ce que c'est de manière très simple quand on est indépendant. C'est créer des nouvelles rencontres avec des gens qui correspondent aux personnes qu'on veut aider et avoir des conversations qui ont du sens avec ces personnes et arrêter de se dire il faut plus de visibilité sur LinkedIn, sur machin, comment je fais pour buzzer, Tiktok, je sais pas quoi. Tout ça c'est du petit tech détails, tactiques de comment je crée des rencontres et comment j'ai des conversations qui ont du sens et pas juste un script de vente que j'essaye de dérouler à la lettre pour faire en sorte que la personne tombe dans mon tunnel de conversion. Enfin on oublie que c'est un être humain en fait qui a des problèmes et on est là pour l'aider quoi. Donc je pose ce truc-là sur le marketing et ensuite les deux derniers que je rajoute qui suivent ce truc là, c'est ok le marketing et tout ce qu'on a vu jusqu'à maintenant c'est pas une science exacte on est toujours dans des phases d'itérations, de je pense que je peux aider ces personnes en créant cette offre là, avec ce positionnement là. Du coup je vais aller tester sur le marché, on le fait avec une personne, tiens je peux améliorer toutes ces choses là. Et en fait c'est un cycle qui recommence tout le temps et qui va nous prendre un certain temps à optimiser. Et donc là on arrive sur la fondation d'après qui est hyper importante, c'est comme on utilise ce temps. Parce que quand on est freelance très souvent on se lance parce qu'on veut reprendre le contrôle de nos ressources les plus précieuses, le temps en étant une. Et souvent, ce qui se passe c'est que c'est notre intention au début et ensuite on se retrouve à bosser plus qu'avant sur des tâches qui nous inspirent encore moins qu'avant mais on se raconte que c'est mieux parce que c'est pour nous. Et du coup c'est là où il faut poser la vraie question : mon temps je l'utilise comment ? Et là, il y a autant de structures macro sur comment j'organise mon année, mes trimestres, avoir des réflexions de plans à 90 jours par exemple, plutôt que juste avoir un to do list et de faire les trucs du jour au lendemain sans vraiment avoir de direction. Et ensuite il y a la structuration à la semaine et à la journée, qu'est ce que je fais à quel moment, qu'est-ce que je priorise, comment je découpe mon temps dans la semaine, est-ce que je fais des rendez-vous tout le temps ou est ce que je les mets sur une après-midi, enfin voilà ce genre de réflexion. Et la dernière que j'apporte c'est une fondation méthodologique dans le sens où ce que nos clients viennent chercher chez nous c'est, certes des résultats sur un sujet donné, un problème donné, mais c'est aussi le chemin vers les résultats et chacun, chacune de nous on fait pas exactement notre métier de la même manière et on peut se différencier par le positionnement et par qui on est en tant que personne et qui on veut aider, mais aussi par notre approche. Et notre approche ça peut être quelque chose que les gens viennent chercher précisément, parce qu'on a une approche différente. Et moi c'est personnellement ce qui m'a beaucoup différencié dans ma pratique du planning stratégique, de stratégie de marque pour les start up, c'est que j'avais une méthodologie beaucoup plus participative que la majorité des agences ou des autres personnes qui faisaient comme moi, qui venaient bosser dans leur coin et ensuite venaient faire la grande présentation finale en mode : voici les clefs vous allez faire comme ça, alors que toutes les personnes dans la boîte, personne ne la connaissait, il n'y avait aucun lien, aucune confiance et du coup ça faisait qu'il y avait des affrontements ensuite. Et du coup moi j'avais apporté une nouvelle méthodologie et les gens venaient me chercher pour ma méthodologie. Et du coup ça c'est un pilier aussi où je pense qu'on peut battre beaucoup de valeur, c'est comment je fais pour concevoir une méthode qui me ressemble, qui apporte le meilleur résultat possible à mes clients au delà même des livrables simples qu’on me demande et comment j'optimise cette méthodologie dans le temps. Donc c’est les 6 modules de la tournée.

Très complet, très intéressant. Moi il y a un pilier qui est pas du tout évoqué là dedans et je comprends bien le raisonnement, c'est hyper clair la suite. Du coup qui nous concerne et nous intéresse avec Caravel, c’est toute cette partie plus administrative, gestion, etc. A quel niveau du coup tu le situes ?

C'est hyper important aussi c'est pas dans le sens que j'appelle les fondations démarrage, etc, pour la base, parce que à mon sens c'est une question de gestion de ressources. Et effectivement, le cercle vertueux dans lequel n'importe quel indépendant doit tomber c'est un endroit où mes ressources sont nourries et donc comme mes ressources sont nourries, je peux donner le meilleur de moi aux autres. Et grâce au fait de donner le meilleur de moi aux autres et faire mon meilleur travail possible pour mes clients, ça nourrit de nouveau mes ressources. Et le but c'est que ce cercle vertueux soit créateur de ressources pour tout le monde. Et du coup il y a forcément un moment donné où on se pose la question de : j'ai peut-être un excédent de ressources qu'est-ce que j'en fais. Et là c'est une question de vision, de qu’est-ce que je pense qu'il va se passer dans le futur, de gestion du risque et ainsi de suite. Du coup tu peux te dire soit, ce qui se passe pour certaines personnes, je vais recruter et continuer de nourrir mon système entre guillemets d'entreprise pour que ça crée de plus en plus de valeur pour tout le monde, mes clients et pour moi. Il y a une réflexion de placement aussi avec l'exemple de la retraite, est-ce que j'ai envie d'investir sur le fait de financer mes années post travail. Enfin voilà, tout ça c'est des sujets aussi après on va pas rentrer dedans je pense, parce que c'est des grands sujets systémique de notre société. Mais du coup il y a ça, il y a un côté assurance, voilà après on commence à jouer avec nos ressources pour les redistribuer d'une manière ou d'une autre comme ça nous semble plus pertinent et viable. Et là c'est pas mon expertise première personnellement même si ça devient une quête et une réflexion que j'ai en tant que personne, mais ce que j'ai aussi envie de transmettre du coup par la suite et pour moi les fondations comme je les ai présenté là, c'est comment je fais pour créer ce cercle vertueux où nos ressources sont nourris et donc je peux donner le meilleur de moi, parce que je suis dans le meilleur état pour et ainsi de suite. Et on crée ce cercle là et ensuite les ressources générées, c’est la grande question, qu'est-ce que j'en fais par la suite.

C’est intéressant de l'identifier comme ça sur ce parallèle de ressources dans la mesure où je te posais cette question aussi parce que dans ta phrase justement d'investir dans mon développement plus que dans ta survie je trouve que moi j'ai le sentiment en parlant avec des freelances que parfois il y a ce côté, ce que ce que tu disais aussi, très court terme et qui à la fois évidemment qu'il y a cette priorité, mais qu'il faut aussi voir cette vision un petit peu globale, de penser plus loin et ta phrase était bien sur ce côté : si tu es concentré sur ton day to day et ta survie, en fait tu as du mal à voir plus loin et ce qui est ce qui est parfois dommage. Mais ça se retrouve du coup dans la vision globale et c’est intéressant, j'aime bien ce parallèle en tout cas sur cette partie ressources.

C'est tellement dur en même temps, ce que tu dis là sur ce passage de la réflexion court termiste de qu'est ce que je fais aujourd'hui est comment j'optimise mon bien-être aujourd'hui vs long terme, parce que le monde dans lequel on vit, notamment notre petit téléphone avec le temps qu'on passe sur les réseaux sociaux, etc, c'est des machines qui sont optimisés pour nous faire chercher la gratification court terme. Et donc avec le temps, avec la répétition et le pouvoir que ça a, toute cette technologie qui nous pousse dans ce sens, on est entraîné à rechercher malgré nous des stimulations court terme et donc forcément que cette espèce de boucle psychologique qui se crée a des effets sur tout le reste de notre vie. Par exemple, quand je fais des choix d'investissement, est-ce que je vais prioriser acheter un truc qui va me faire kiffer cette semaine ou partir en vacances, ou est-ce que je vais prendre cette même somme d'argent et je vais la placer et quelque part pour optimiser ce qui va se passer dans dix ans. C'est hyper dur je trouve et c’est d'ailleurs de plus en plus dur d'avoir cette réflexion, de travailler sur le long terme. Les plus gros projets, les plus belles choses que vous allez construire, c'est des trucs que vous allez faire pendant dix ans un peu tous les jours et c'est sur dix ans que ça fait la différence. C'est dur d'imaginer ça, de plus en plus j’ai l’impression. 

C'est hyper dur parce qu’en plus je trouve que les durées se sont tellement réduites, avant tu pouvais te dire les choses évoluent d'une manière plus lente. Aujourd'hui pareil tu as ce côté accélération de tout, l’échelle de temps s’est vachement raccourci. Mais du coup c'est ça qui m'intéressait aussi dans ton organisation aujourd'hui, tu as en plus vu un peu les deux, Paris versus ce que tu montrais, c'est très cliché mais mine de rien c’est révélateur de quelque chose et je trouve ce rapport au temps est hyper primordial. Et dans ce sujet du travail et du futur du travail c'est juste quelque chose qui a une place je pense énorme dans les réflexions à avoir.

Complètement, on est biberonné à cette espèce de d'injonction à la vélocité, à la productivité, à la performance. Et moi, je me retrouve des fois à avoir des personnes en coaching qui sont tellement addict à faire, faire, faire, parce que c'est en faisant 25 milliards de trucs qu'elles ont été récompensés pendant toute leur vie en recevant de l'amour, de la reconnaissance, etc, que tu le sens dans leur débit de parole, dans tout, c’est en mode ultra stress, et qui quand elles ferment l’ordi à la fin de la journée de travail, qu'il est parfois déjà 20h-21h, ne sont pas capables de juste être avec elle-même et faire autre chose que ensuite aller scroller Insta ou Tiktok ou  mater un truc parce qu'il faut optimiser chaque minute. Et c'est surtout à mon sens, et quand je le vois en coaching ça se voit, quand on fait cet exercice d'allonger le temps de créer les espèces de vide. C'est comme quand on respire, on a besoin d'expirer mais on a besoin d'inspirer pour expirer. J'ai fait un épisode dans mon podcast sur la créativité avec quelqu'un qui est hyper intéressant qui bossent sur la créativité et qui vient du monde des neurosciences, qui a fait de la science cognitive et qui dit : ces moments où on a une idée sous la douche et on se dit j’ai la meilleure idée, c'est en fait simplement parce que pour une fois on ne nourrit pas de manière active notre cerveau, et il a le temps de faire un truc super naturel et normal et dont il a besoin qui est de réorganiser toutes les pièces du puzzle entre elles. Et si on est tout le temps en train de produire, tout le temps en train de de courir dans cette petite roue là, on ne laisse jamais de temps à notre cerveau. Et du on se dit c'est fou sous la douche j’ai des idées de dingues ! C'est juste parce que c’est un des seuls moments où on s'arrête. C’est ultra important d'allonger ce temps comme tu dis, et que chacun, chacune on intègre, surtout s'il y a des freelance qui nous écoutent, dans notre quotidien des temps pour ralentir, lâcher, s'oxygéner le cerveau, bouger notre corps, souffler. Et moi personnellement, c'est la méditation qui m'a apporté ça. Encore une fois c'est pas pour dire il faut méditer, mais à mon sens il faut ces temps où on arrête de courir.

C'est clair et je pense après chacun peut avoir aussi ce temps. Mais ça peut être de la lecture, de la méditation, aller marcher, se trouver le truc qui te fait du bien et permet de décrocher. Et clairement, c’est exactement ce que tu dis, c'est qu’en plus sûr tu te rends compte que c'est dans ces moments là où tu arrives à former des chaînes d'idées, des trucs. C’est jamais du temps perdu et d'ailleurs même si tu formes aucune idée c'est pas du temps perdu puisque tu reviendras aussi peut-être plus libéré.

Justement pour ce que tu dis là, c'est que les moments où j'ai sûrement des idées qui font le plus progresser ce que je fais et où je prends du recul et j'ai du temps pour être dans de l'analyse stratégique, là où je fais des vrais bons en avant, c'est les moments où j'arrête. Ce n'est pas les moments où je suis devant mon ordinateur en train de produire, c'est quand je vais marcher dans la forêt, c'est quand je me fais une rando de six heures dans la montagne, c'est quand je prends un bain. Moi j'adore cette déconstruction de se dire, il y a vie pro/vie perso, travail pas travail, quand je sors du bureau c'est fini, c'est pas vrai en fait. On est tout le temps le même cerveau, on est tout le temps le même être humain, ce qui se passe à l'extérieur et à l'intérieur du bureau ça a une influence sur l'autre partie de notre vie. Et c'est juste une question d'équilibre et de présence, être présent à 100 % à ce que tu fais quand tu le fais, sachant que de toute façon c'est impossible d'être 100 % présent. Il y a toujours une petite partie de ton cerveau qui fait autre chose, mais cultiver cette présence.

Du coup ça m'amène juste une question est ce que tu penses que le freelancing est fait pour tout le monde ?

Je pense que rien n'est fait pour tout le monde. Parce que c'est tellement complexe un être humain, il y a tellement de variables, tellement de choses qui diffèrent, tellement d'influence externe, depuis le moment où on est jusqu'au moment où commence à travailler, qu'à mon sens il n’y a aucun contexte unique qui est parfait et génial pour toutes les personnes. Ce qui ne veut pas dire que c'est pas bien pour plein de gens. A mon sens ce qu'il faut réussir à faire c'est produire, médiatiser et montrer, surtout aux jeunes, le plus tôt possible la diversité de contextes possible pour qu'on choisisse en conscience. Et c'est ça à mon sens ce qui manque, pas de dire que c'est parfait d’être freelance, tout le monde peut trouver sa manière de faire, etc, c'est parce qu'il y a des gens pour qui le risque et l'insécurité que ça peut créer ça ne leur va pas, parce que c'est pas ça qui est important dans leur vie. Ce qui est important dans leur vie, c'est d'autres cadres plus sécuritaires. Même si, il y a un argumentaire intéressant sur le fait qu’être salarié c'est peut-être moins sécurisant qu’être entrepreneur. 

Mais une une réflexion que j'ai aussi, donc ça c'est au niveau micro, chaque personne trouve sa place dans la société du travail actuelle, dans laquelle on est. Si on dézoome un peu, il y a un sujet qui est important pour moi, qui est le sujet du revenu universel. Pourquoi c'est important pour moi, parce qu’à mon sens aujourd'hui un être humain est récompensé sociétalement quand il s'engage dans ce jeu auquel on joue et c'est le jeu de la réussite et la performance économique. Et la réussite et la performance dans un marché donné ça peut être le marché du travail, on monte les échelons, on devient manager ou un marché où on crée de la valeur avec une entreprise, ou en devenant freelance. Mais moi qui joue beaucoup au jeu de société, je sais que le pire truc c'est quand tu joues à un jeu avec quelqu'un qui n’a pas envie de jouer et qui se force à jouer avec toi parce qu'il faut. On a tous déjà fait ça et on a tous joué avec des gens qui n'ont pas du tout envie de jouer, mais il se force et c’est nul, c'est pas cool pour eux et ce n’est pas cool pour nous parce qu'on veut jouer avec des gens qui kiffent. Et du coup ma réflexion plus macro, c'est de me dire on est capable d’inventions technologiques les plus incroyables, mais on n'est pas capable de créer une société où toutes les personnes doivent choisir à quel jeu elles ont envie de jouer.

Et ça pour moi ce serait important, plutôt que de se dire tout le monde ferait freelance ce serait, on serait hyper épanouie. Mais de rebattre les règles un niveau plus loin encore, de se dire, est-ce que ce jeu économique c'est le jeu auquel tout le monde veut jouer et est-ce ce n'est pas légitime que des personnes ne veulent pas jouer à ça et veulent créer de la valeur autrement, sans avoir ce truc de performance économique soit pour sa survie soit pour investir. Du coup moi c'est plus ça qui me parle comme conversation, que se dire est-ce qu’être freelance c’est pour tout le monde.

C'est des hyper intéressant est très clair et je vois très bien ce que tu veux dire. Alors j'avais à une question : quand tu es freelance en fait, t'es un peu ton travail en tant que personne. C'est quelque chose que je sais déjà. Donc je trouvais ça intéressant, c'est un peu ce qu'on dit sur un entrepreneur, tu es ta boîte. Et je trouve qu’à la fois je partage tout ce que tu disais sur le fait d'être présent à 100 % et que tu n'as pas forcément une part de toi de ta vie pro et ta vie perso. Par contre je pense que l'on n’est pas forcément son travail ou sa boîte. On reste d’autres choses et ça m'intéressait que tu approfondisses un peu plus ce point-là.

 Ce qui est intéressant avec cette phrase, quand on est indépendant on est son travail parce que c'est nous la personne qui produit, c'est qu'il ya des nuances là dedans et c'est à la fois vrai et bien et pas vrai et une mauvaise chose et ça dépend du contexte. Le contexte où c'est une bonne chose c'est que quand on incarne pleinement, dans son travail, la personne qu'on est, unique avec son passé, ses compétences, son histoire, etc, ça fait que personne ne peut nous comparer à qui que ce soit. On est unique et indifférenciable et c'est ça qui a de la valeur pour nos clients. C'est ce lien d'humain à humain, et quand une personne arrive et fait son meilleur travail. A la différence d'une start up qui cherche ce qu’elle est pour sortir le temps humain de l'équation, quand on est freelance c'est parce qu'on cherche à faire. Le temps humain c'est nous, c'est ce qu'on produit, c'est notre savoir-faire, comme si on était un artisan. Donc dans ce cadre, moi en tant que personne, incarner pleinement dans mon travail qui je suis, c'est une super choses. L'endroit où c'est moins bénéfique c'est quand on s'identifie tellement à son travail que ça crée des troubles psychologiques. Si on me juge pour le poste que je fais sur linkedin, ou on juge que mon travail n'est pas suffisamment qualitatif, ça crée des jugements moraux ou personnels sur soi, à se dire je suis une mauvaise personne parce que cette personne n'a pas apprécié mon travail. Et c'est là où c'est important de créer de la distance entre moi, la personne et moi ce que je produis. Effectivement c'est pas la même chose, ce que je produis et ce que je suis, c’est la différence entre faire et être. Et en fait, on a tous et toutes de la valeur même si une fois où plusieurs fois ce qu'on produit n'est pas au niveau des attentes d'un autre être humain, en fait c'est que ce moment-là, ce jour précis là, pour 25 milliards de raisons et de variables qui existent, on ne s'est pas rencontré sur un livrable. Et ce n'est pas la fin du monde, ça ne veut pas dire que je suis une mauvaise personne, ça dépend des contextes. Et c'est ça que je trouve aussi qui manque souvent dans ces trucs de pédagogie et de transmission ligne, c'est la nuance, tout le monde cherche à mettre des trucs dans les cases, à voir le blanc et le noir, le bien et le mal, et les affrontements qui viennent de tout ça. Alors qu’à mon sens il n’y a rien qui est vrai, 100 % du temps dans 100 % des cas, il n’y a que des cas uniques. Et ce qu'il faut qu'on cultive, c'est cette capacité à sentir si là dans ce cas c'est vrai ça s'applique à moi, c'est pertinent pour moi, et où j'en suis dans ma vie et là c'est moins le cas et on prend tout ça. Et ça c'est un truc que je pense on doit tous cultiver dans notre quotidien, de voir ces nuances et de s'approprier les choses qu'on entend aussi.

Oui c'est ça, le remettre dans un contexte et pas prendre le truc brute. C'est pas toujours évident je pense notamment dans une phase d'apprentissage j’imagine. Quand tu te lances en freelance, tu as tout à apprendre, à découvrir, avec une crainte, tu vois des exemples, tu t'identifies, tu as envie de telles choses. Et du coup de te mettre dans un contexte c'est un vrai travail.

Oui, ça fait partie de nos schémas de développement aussi en tant qu’humains on s'identifie à quelqu'un qui a l'air d'incarner les choses qu'on veut incarner, on suit, on mimique un peu, on fait à notre sauce et on se rend compte, arrivé un peu plus loin sur le chemin, en fait ça m'inspire pas du tout et c'est ok de faire ces chemins là. C'est ce qu'on fait avec nos parents quand on est gamin, on imite nos parents parce que c'est le seul repère qu'on a de ce que c'est d'être adulte. Et ça me renvoie d'ailleurs à ce que je disais sur les écovillages tout à l'heure. Dans un éco village tu as plein d'exemples de ce que ça veut dire être adulte, ce qui montre la diversité des possibles à un enfant. Et à mon sens c'est plus sain pour son développement qu’un seul exemple des deux parents qui sont face à lui avec qui il passe tout son temps et se dit être adulte c'est ça. Et ça crée des œillères sur les infinis possibles de la vie. Du coup c'est juste normal en fait de voir des gens essayer de faire un peu pareil, se rendre compte qu'en fait c'était pas exactement ça, voir ailleurs pour faire la même chose. Voilà ce que c’est à mon sens l'expérience de grandir en tant que personne.

C’est intéressant, parce que moi je sais que c'est un sujet qui m'intéresse à titre personnel. On dérive un peu sur cette partie, mais ce moment où tu te construis toi en tant que personne après avoir quitté le nid. Mais justement je ne voulais pas dire ça parce qu'on identifie souvent au moment où tu pars de chez toi, alors qu’en fait c'est pas forcément quand tu pars de chez toi, selon ton parcours de vie ça peut être plus tard, ça peut être plus tôt. Mais ce moment où on a une espèce de ruptures de ton noyau pour recréer le tiens. Et je l'avais jamais envisagé avec cette parallèle dans le travail, mais il y a un peu de ça aussi où en effet tu as des schémas de ce que tu connais, tu avances d’une certaine façon par les a priori, par ce que tu as autour, par ce qu'on t’enseignes et comment tu fais ton chemin professionnel pour arriver à ce qui te convient.

Oui et ça passe, quand tu es dans une boîte, par les managers ou le n + 3, tu te dis que cette personne est incroyable à chaque fois au rendez-vous quand on est en meeting elle sort un truc tellement pertinent. On a envie de ressembler à cette personne et on change de boîte et en fait on se rend compte que le management dans ce truc là c'était ultra oppressif et en fait c'est mieux comme ça. Donc ça se passe assez naturellement par nos rencontres et j'ai l'impression qu'on a toujours ce truc : voilà ce vers quoi je veux tendre, j'avance sur ce chemin, je me rends compte que c'est pas 100 % moi et on bifurque en trouvant sa route parmi tout ce qui se passe. 

C’est ça c’est des repères, toute façon que ce soit pour te construire contre ou t'en servir pour grandir, tu as besoin de ces repères aussi, sinon tu es juste perdu. Alors, dernière question, tu as évoqué le fait d'avoir vécu en Angleterre, tu as de la famille et ce lien aussi avec l'Angleterre. Est-ce qu’en termes de société, d'ouverture tu vois une différence sur le rapport au travail en Angleterre et en France.

Peut-être, en tout cas que tu me poses la question ça me fait réfléchir. J'ai l'impression qu’un des axes, que j'ai pas vraiment exploré et je ne sais pas si j’aurais les réponses un jour, c'est que je me suis construit de base dans une ouverture à deux mondes distincts, plusieurs mondes distincts. Dans le sens où je suis arrivé en France j'avais 3 ans, donc je me souviens très peu de ma vie en Angleterre. Mais quand j’étais en France et que j'étais l'étranger qui apprenait la langue à l'école et rentrait chez moi et que je parlais anglais, ça fait que tu te construis avec cette espèce de jonglage entre plusieurs réalités.  Et ce que je me raconte, c'est que peut-être que si on grandit dans un seul pays, une seule nationalité, etc, et que les autres sont les autres et qu’il y a moi et mon cocon. Le fait d'être les autres, ça fait que tu t'ouvres plus facilement. Mais peut-être que ça contribue au fait que je sois très ouvert à plein de sujets divers et variés et que j'adore la mixité entre ces sujets. Je te parlais tout à l'heure de ce projet futur d’écovillage qui mixe écologie, entrepreneuriat, spiritualité. Mais c'est aussi ce que je fais dans ce que j’essaye de transmettre au quotidien où je vais aller chercher des principes bouddhistes et me dire comment on applique ça au marketing. Ou des trucs que je vois, en ce moment je suis fasciné par tous les sujets de féminisme et mes colocs m'accompagnent merveilleusement bien sur ces sujets. Et il y a un sujet là dedans qui est hyper important à mon sens, qui est le sujet du consentement. Et je me suis dit tiens en fait il y a un rapport incroyable entre ces sujets de consentement et ce dont parle Seth Godin sur le “permission marketing”. C'est en fait d'attendre de vraiment avoir l'autorisation des personnes en face de toi pour commencer à leur parler de ce que tu fais, plutôt que d'être en mode prospection affreuse, où t'enfonces la solution dans le gosier de tout le monde. Et ça du coup, on peut faire des parallèles avec la culture du viol, enfin les trucs de consentement. Je fais des gros traits, mais en fait j'ai l'impression que peut-être le fait de grandir en étant en anglais en France et de naviguer entre les deux mondes ça fait que c'est plus simple ou en tout cas que ça m'intéresse davantage de tisser ces liens entre des mondes qui apparemment seraient séparés, mais en réalité il y a des points communs partout. Donc peut-être que c'est ça la réponse.

C’est bien, ça fait une bonne conclusion et ça fait une ouverture aussi, comment créer des ponts entre des choses qui paraissaient ne pas avoir de rapport. Merci beaucoup !”

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